"Chez Tante Alice": rencontre

Par Caroline Lamy, juin 2009

La porte à peine franchie, on se sent tout de suite bien Chez Tante Alice. L'ambiance et l'atmosphère créées par Marie-France, la propriétaire des lieux, invitent les hôtes à la détente. Ouverte en 2007, la maison d'hôtes (ndlr: à partir de 4 chambres d'hôtes dans une habitation, on parle de "Maison d'hôtes") de Marie-France Lesage vient récemment de se démarquer en remportant la deuxième place au Trophée des Meilleures Chambres d'Hôtes de Belgique 2009. Quels sont donc les secrets de la réussite de cette adresse de charme ?


ADL: Madame Lesage, fleuriste à Bomal durant 30 ans (ndlr: c'est aujourd'hui sa fille qui a pris la relève), vous voilà aujourd'hui propriétaire d'une bien belle maison d'hôtes. Comment se projet est-il né ?

MFL: L'envie d'ouvrir des chambres d'hôtes était ancrée en moi depuis de nombreuses années. De plus, avec mon époux, Didier Lardot, nous sommes des adeptes du concept: nous avons fait de nombreux séjours dans ce type d'hébergement. Les rencontres et les expériences vécues lors de ces voyages, m'ont conforté dans mon idée. Nous nous sommes donc mis à la recherche d'une maison pouvant servir notre projet - Et je dis bien "notre projet" car il s'agit d'un projet de couple. Sans cela, ça ne peut pas tenir la route ! - Nous tenions à rester sur Durbuy, c'était même une condition. Non seulement parce que nous sommes tous deux originaires de la commune, mais aussi parce que le nom de Durbuy est porteur. Un beau jour, en 2000, l'occasion s'est présentée de racheter la vieille maison de Tante Alice. Tante Alice existe donc bel et bien: c'est la tante de mon époux. Sa situation (dans le village de Aisne) ainsi que sa capacité à abriter notre projet nous ont séduits. Après une rénovation complète qui a duré 2,5 ans, nous avons reçus nos premiers hôtes en janvier 2007. Je me souviens qu'après leur départ, avec Didier, on s'est dit: "Tout s'est vraiment passé comme nous l'avions toujours imaginé". Notre toute première expérience était donc fidèle à l'image qu'on s'était fait, depuis des années, d'accueillir, chez nous, des hôtes. C'était une réelle satisfaction !

ADL: Avez-vous eu des craintes par rapport au lancement du projet ?

MFL: Aucune. Cela tient certainement du fait que j'ai été indépendante durant 30 ans. De plus, avoir passé de nombreux séjours en chambres d'hôtes fait que j'avais également une idée précise de ce que je voulais et de ce que je ne voulais pas pour mes hôtes. Ce projet, je l'avais mûrement réfléchi. Il ne pouvait pas ne pas fonctionner.

ADL: Selon vous, qu'est-ce qui fait le succès d'une maison d'hôtes ?

MFL: Différents éléments interviennent. La disponibilité: il ne faut pas être tenu par un horaire. La communication: avoir un bon site Internet est, selon moi, d'une importance capitale. L'accueil et la convivialité: renseigner les hôtes, leur donner des explications (aussi bien pour leur faire connaître les restos du coin que pour leur faire découvrir une balade ou leur expliquer d'où viennent les produits qu'ils ont dégusté au petit-déjeûner). La confiance: il est primordial qu'elle s'installe entre les hôtes et le propriétaire (ndlr: dans une chambre ou une maison d'hôtes, les hôtes dorment dans l'habitation-même du propriétaire).

ADL: Avez-vous des partenariats avec des acteurs économiques/touristiques de la commune ?

MFL: Je parlerais plutôt de liens. Partant du principe que les propriétaires d'hébergements touristiques sont les premiers ambassadeurs de leur région, je renseigne donc à mes hôtes les restaurants de notre commune, je les invite à partir à la rencontre des producteurs locaux, à faire une des promenades proposées par la Maison de Tourisme Ourthe & Aisne, je les aiguille spontanément vers l'une ou l'autre attraction, etc. Le seul partenariat officiel est celui que j'ai avec le Centre d'Interprétation de la Rivière (CIR) puisque les hôtes que j'accueille peuvent venir pêcher gratuitement dans la rivière Aisne qui passe au fond du jardin.

ADL: Par quel biais les hôtes arrivent-ils Chez Tante Alice ?

MFL: Nous avons eu pas mal de retours suite à la publication des ouvrages suivants: 100 nuits de rêve à moins de 75 EUR en Belgique de Erwin De Decker paru aux Editions Lannoo et Chambres d'hôtes insolites de Belgique - volume 2 de Louis-Philippe Breydel et Ghislaine Horenbach paru aux Editions Luc Pire. Notre 2ème place au Trophée des meilleures chambres d'hôtes de Belgique 2009 nous a valu une bonne publicité et donc également une bonne visibilité. Le site Internet www.tripadvisor.fr (ndlr: site sur lequel les voyageurs donnent leurs avis sur les destinations et hébergements) est aussi un biais par lequel des hôtes viennent se "perdre" à Aisne, notamment des Américains ! Enfin, notre propre site Internet nous vaut également beaucoup de réservations.

ADL: Qui sont vos hôtes ?

MFL: Ma clientèle est principalement une clientèle de week-end. J'héberge autant d'Allemands, si pas plus, que de Hollandais. Je reçois également beaucoup de francophones dont certains viennent parfois de très près: Namur, par exemple.

ADL: Comment gérez-vous la basse saison ?

MFL: La basse saison est un phénomène que je ne ressens pas parce que le quota de nuitées que je souhaitais atteindre est atteint et que cela me convient parfaitement - En effet, j'adore ce que je fais mais j'ai besoin d'équilibrer ma vie professionnelle et ma vie familiale. J'ai des filles, des petits-enfants et je tiens à garder du temps pour eux - Ceci dit, lors de l'ouverture de nos chambres, question de faire démarrer le projet, nous avions mis sur pied quelques formules attrayantes comme, par exemple, "pour un séjour de 3 nuitées, la 4ème offerte". Et ça a fonctionné !

ADL: Que vous apporte votre expérience précédente dans votre activité d'aujourd'hui ?

MFL: Ayant tenu un commerce durant 30 ans, j'ai acquis le sens du contact avec la clientèle, le souci de bien accueillir les gens, compris l'importance de satisfaire le client. J'accorde toujours autant d'attention aux détails visuels, à la décoration, au fait de créer une atmosphère, une ambiance. Enfin, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, les fleurs sont présentes !

ADL: Selon vous, que faut-il comme atouts pour gérer une maison d'hôtes ?

MFL: Il faut aimer le contact avec les gens, être tolérant, aimer partager et, surtout, ne pas hésiter à parler avec les gens dans leur propre langue. Personnellement, je me débrouille pas mal en anglais et en néerlandais mais pour ceux dont ce n'est pas le cas, connaître quelques mots d'accueil suffit bien souvent à ravir le client.

ADL: Quelle est votre plus grande satisfaction ?

MFL: Que des gens viennent et, surtout, reviennent. Le fait qu'ils effectuent un 2ème séjour prouve qu'ils se sentent vraiment bien "Chez Tante Alice". C'est donc un grand bonheur.

ADL: Quel regard portez-vous sur l'augmentation du nombre de chambres d'hôtes ?

MFL: Les chambres d'hôtes sont un concept à la mode. Mais tout le monde a le droit de surfer sur cette vague, tout le monde peut s'installer. C'est ça, la libre concurrence ! La clientèle fait sa propre sélection et la part de marché, on se la crée soi-même.

ADL: Apparue récemment sur le marché concurrentiel des hébergements touristiques ruraux, votre maison d'hôtes n'a pas tardé à faire parler d'elle. Alors, selon vous, comment se démarquer, aujourd'hui, dans le secteur du tourisme à Durbuy ?


MFL: D'abord, je pense qu'être situé au coeur de Durbuy Vieille Ville n'est pas une obligation. On peut donc déjà se démarquer par l'endroit. "Chez Tante Alice" se trouve dans un petit village "ordinaire" de la commune de Durbuy. Ensuite, je pense que ce qui me différencie des autres, c'est que j'applique le concept "chambres d'hôtes", tel qu'il a été conçu: je partage le petit-déjeuner avec les visiteurs, je suis disponible pour eux, pour répondre à leurs questions, etc. Trop souvent, des chambres d'hôtes sont gérées comme de petits hôtels. Enfin, des éléments tels l'Aisne coulant au fond du jardin, le calme, la verdure... sont aussi des atouts qui font toute la différence. Comme je l'ai déjà dit, ce projet de chambres d'hôtes a fait l'objet de nombreuses réflexions. Aujourd'hui, je reçois les gens comme j'aimerais être reçue. J'y mets tout mon coeur, toute ma passion, toute ma sincérité, tout mon amour.

ADL: Votre maison d'hôtes possède 4 épis. La reconnaissance par le Commissariat Général au Tourisme, est-ce un plus ?

MFL: C'est un plus qui se traduit par un label de qualité. C'est donc une référence pour le client. Je trouve qu'il y a un grand intérêt à être reconnu. Ne fut-ce que pour être mentionné dans les publications éditées par les organismes touristiques communaux, provinciaux, régionaux (ndlr: En effet, les organismes touristiques agréés par la Région Wallonne ne peuvent mentionner que les hébergements reconnus par le Commissariat Général au Tourisme dans leurs publications ou sur leurs sites Internet).

ADL: Selon vous, le secteur a-t-il un intérêt à se faire reconnaître ?

MFL: Ca me paraît être une évidence car cela assure une meilleure visibilité.

ADL: Quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

MFL: Je souhaiterais continuer sur ma lancée et améliorer les services rendus aux hôtes. Je viens, par exemple, de terminer une formation de "guide nature". Ce sont les questions posées par les visiteurs, auxquelles je ne pouvais pas toujours répondre, qui m'ont donné envie de suivre cette formation.

ADL: Quels conseils pour ceux qui voudraient se lancer ?

MFL: Avoir un projet bien ficelé, bien pensé. Je conseille également de suivre la journée de formation organisée par "Les Gîtes de Wallonie asbl". Une fois le projet sur pied, ne pas hésiter à s'affilier à cette asbl: c'est une équipe de professionnels toujours prête à vous aider, à répondre à vos questions, à vous épauler.

ADL: Enfin, pour terminer, depuis l'ouverture de votre maison d'hôtes, avez-vous été marquée par un hôte, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

MFL: Chacune des 4 chambres est dédiée à un auteur de la région. Un jour, l'un d'eux est venu frapper à ma porte: Armel JOB (ndlr: Armel Job est né en 1948 à Heyd. Licencié en philologie classique, il est un grand amoureux de la langue française). Très honoré que j'aie donné son nom à l'une de mes chambres, il m'a amené son dernier livre: Les fausses innocences, un roman édité chez Laffont . Depuis lors, à la sortie de chaque nouvel ouvrage, il m'en amène un exemplaire dédicacé.

Maison d'hôtes 4 épis
Marie-France Lesage et Didier Lardot
Aisne 52 - 6941 Bomal
Tél.: +32 (0) 86 21 29 40 - GSM: +32 (0) 473 59 47 66
info@cheztantealice.be - www.cheztantealice.be



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