Portrait /Les boxes & jardins de Natacha / Quentin Georis

Entretien rédigé par Caroline Lamy, juin 2015


C'est un jeune indépendant aux journées bien chargées qui a accepté de nous recevoir.
Interroger un entrepreneur en parcs et jardins, en pleine saison, relevait du défi. Quentin Georis a accepté de le relever. Qu'il en soit, ici, remercié.

ADL : Pouvez-vous nous parler des activités de votre entreprise "Les boxes & jardins de Natacha" ?

Quentin Georis : Je réalise les entretiens de parcs et jardins. Concrètement, cela comprend les tailles (haies, arbustes, fruitiers), tontes, plantations, pulvérisations, poses de clôtures, de terrasses en bois, pergolas, abris de jardin... sur mesure. D'ici peu, je vais également faire de la vente de plantes, de terreaux et d'écorces en vrac/sac sur commande.
Je fais également de la création de parcs et jardins mais pas de la création de pelouses. Je laisse ça à d’autres qui sont équipés pour ce genre de réalisations. Idem lorsqu’on me demande un terrassement, un pavage, par exemple. Je renvoie alors vers Damien Bronfort, Espace Vert, à Palenge ou vers Hans Goguillon de Sinsin qui font tous deux d’excellents travaux. Si j’ai trop de travail, idem, je conseille les clients d’appeler une de ces deux entreprises. C’est en travaillant en « collaboration » qu’on avance le mieux car tout le monde s’y retrouve : l’entreprise et le client. Au niveau des boxes et abris pour chevaux, il s'agit de fabrication en bois douglas autoclave (NDLR : Le bois autoclave est un bois qui a subi un traitement en profondeur afin d'être protégé des agressions biologiques (insectes - champignons) responsables de la déterioration du matériau. Pour pallier à la putrescibilité du bois, le bois autoclave reçoit des traitements qui prolongent sa durabilité sur dalle béton ou en pleine prairie).

ADL : Quelle est la taille de votre entreprise ? Avez-vous des ouvriers ?

Q.G. : J'entame ma 4ème année en tant qu'indépendant. Je n'ai, jusqu'à présent, pas eu l'occasion de créer un autre emploi que le mien. Ceci dit, je pense engager un étudiant pour cet été et, à partir de septembre, un jeune qui suit une formation en apprentissage à l'IFAPME.

ADL : Quel est votre parcours ?

Q.G. : J'ai toujours voulu être jardinier. J'ai fait mes études à l'Institut Provincial d'Enseignement Agronomique de La Reid. J'étais en technique "Horticole"et j'ai fait une septième, spécialisation "Parcs et jardins". L'école m'a permis d'effectuer des stages pratiques, essentiellement en septième, pendant lesquels j'ai appris énormément de choses. Ca a notamment été le cas lors de mes stages auprès de Damien Bronfort. Après l'école, j'ai exercé quelques petits boulots en tant qu'intérimaire, notamment dans plusieurs entreprises en parcs et jardins, qui m'ont permis de découvrir différentes méthodes de travail. Il y a 4 ans, j'ai démarré ma propre activité, après journée.

ADL : Qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas de passer d’indépendant à titre complémentaire à indépendant à titre principal ?

Q.G. : J’avais de plus en plus de travail en parcs et jardins, en une seule année. Ca devenait donc difficile de concilier les journées de travail chez un employeur en plus du reste. J’ai alors décidé de me lancer en me disant : « On verra bien… ».

ADL : Qu’est-ce qui vous a motivé à travailler dans ce secteur ?

Q.G. : Mes parents sont agriculteurs. J’ai travaillé avec eux à la ferme mais je n’ai pas voulu, moi-même, devenir agriculteur. Le travail à la ferme est intense et conséquent mais les revenus ne sont pas à la hauteur. Par contre, j’adore travailler au grand air. Ne me parlez pas de rester assis derrière un bureau, ce n’est vraiment pas pour moi. C’est en effectuant des tontes et des tailles pour mes parents et grands-parents que l’idée de devenir entrepreneur en parcs et jardins a germé.

ADL : Avez-vous une spécialisation ?

Q.G. : La création de boxes et abris pour chevaux. Il n’y a pas beaucoup d’autres entreprises qui proposent ce service, du moins à un budget accessible et de bonne qualité. Quant à l'activité de parcs et jardins, je dirais que c'est ma qualification qui fait que je sais quoi tailler et à quel moment. Les tailles sont différentes en fonction des arbustes, en fonction des floraisons, etc. La plantation sous bâche est aussi une de mes particularités. Il y a de nombreux entrepreneurs en parcs et jardins qui ne sont pas qualifiés.

ADL : N’y a-t-il pas d’exigences au niveau du métier ? De reconnaissance ?

Q.G. : Non. Il ne faut pas nécessairement avoir fait l’école d’horticulture pour se lancer dans ce métier. Ce n’est pas un métier « protégé ». Je ne dis pas que c’est un problème parce que du travail, il y en a pour tout le monde. Par contre, beaucoup de gens font cette activité après journée pour arrondir leur fin de mois et ils "cassent" le marché alors que leur prix final est bien souvent proche de celui des professionnels car ils n'ont pas la rapidité et/ou le matériel pour...

ADL : Comment s’organise le travail au quotidien ?

Q.G. : J’organise mon travail sur base des tontes que je réalise toutes les 2 semaines, voire plus quand il fait trop sec. Quant aux tailles, il y a des moments bien précis pour les réaliser également. Pour les clients qui veulent une seule taille à l’année, je fais leur haie fin juin, début juillet. Ceux qui veulent deux tailles sur l’année, je fais leur haie en avril-mai et puis en septembre-octobre. Quant aux arbustes, le mieux est de les tailler juste après leur floraison.
Quant aux boxes et abris pour chevaux, je les réalise entre les tontes et les tailles... et l'ensemble de ces activités se combine pas trop mal !
L'idéal serait, bien entendu, de fabriquer et assembler les boxes en hiver. Ca me permet d'équilibrer mes activités et d'avoir de l'occupation l'hiver. Mon but est, d’ailleurs, en ayant emménagé dans cet hangar (NDLR : Quentin Georis vient d'emménager dans un hangar, à Grandhan, deux fois plus grand que le précédent), de proposer aux clients des boxes en kit. Pour les boxes, il faut un mois de délai pour avoir les bois. Surtout que je les autoclave. Je travaille avec la scierie Kuypers à Montgauthier (Chevetogne). Elle m’autoclave le bois en brun ce qui permet de ne pas avoir à le peindre.

ADL : L’investissement matériel en parcs et jardins doit tout de même être assez conséquent à la base, non ?

Q.G. : En effet ! Le matériel de base, c’est : camionnette, remorque, tracteur-tondeuse, tondeuse, broyeur,  pulvérisateur, tronçonneuse, taille-haie, débroussailleuse…  plus le matériel nécessaire pour la construction des boxes. Un sacré investissement avant de commencer ! Plus la location du hangar en attendant le bon vouloir des banques ;-) Pas le choix : il faut que l'entreprise tourne !

ADL : Quelle relation les gens ont-ils avec leur jardin ? N’y accordent-ils pas plus d’importance qu’auparavant ?

Q.G. : Je pense qu’avec la crise, les gens partent moins souvent en vacances, voire plus du tout. Ils consacrent donc cet argent à l'aménagement de leur maison et de leur jardin. Ils se font leur "petit coin de paradis".

ADL : Une tendance au jardin ?

Q.G. : Les gens apprécient beaucoup les herbacées. Elles créent du mouvement dans le jardin et procurent un sentiment de calme et de sérénité.

ADL : D’où viennent vos plants ?

Q.G. : Un tiers provient de Flandres, plus exactement de la pépinière Peters à Munsterbilzen. L’autre partie provient des Pépinières de Louveigné, près de Sprimont. Je choisis mes plants sur catalogue et je vais les chercher sur place.

ADL : Ressentez-vous une sensibilité plus marquée au respect de la nature (hôtels à insectes, prairies fleuries, mares…) ?

Q.G. : J’ai quelques clients qui m’ont, en effet, demandé des semences pour prairies fleuries. Je n’ai pas encore vu beaucoup d’hôtels à insectes.
Par contre, au niveau de la suppression des produits phytosanitaires, il y a matière à discuter. C’est bien de vouloir les supprimer, diminuer leur utilisation par rapport aux maladies qu’ils peuvent provoquer, par rapport à la pollution du sol mais je ne sais pas comment on va faire les entretiens durables car il n’y a pas vraiment d’alternatives. A l'heure actuelle, les produits disparaissent du marché et des restrictions nous sont imposées concernant le dosage. On doit donc s'adapter et changer notre manière de travailler. A l’époque où j’étais à l’école, on parlait déjà de la suppression de ces produits et on nous apprenait à faire les plantations sous bâche et écorces. C’est automatiquement ce que je fais actuellement. Il va aussi devoir y avoir un changement de mentalité chez les clients.

ADL : Avez-vous des obligations, des formations à de nouvelles techniques, de nouveaux produits ?

Q.G. : On a des obligations phytosanitaires : on doit s’enregistrer. On doit avoir un numéro phyto. Si non, pas de formations particulières. C’est surtout en faisant qu’on apprend. Par exemple, en janvier 2013, j’ai repris une entreprise, pour laquelle je travaillais, qui fabriquait des boxes pour chevaux. La personne partait à la pension et j’ai accepté sa proposition de reprise en me disant que c'était une belle opportunité, surtout pour une activité à faire en hiver, de manière complémentaire à l’entretien des parcs et jardins. Et bien, j'y ai apporté pas mal d’améliorations comme : des portes double vantail à encadrement métallique galvanisé avec cadre de contour, gons réglables et verrou de pied galvanisés, auparavant peints en zinc sans cadre de contour ni gonds réglables, une garantie de 10 ans sur les boxes contre aucune auparavant, un chevronnage bien plus solide ou encore des bois traités autoclave brun contre des bois sans protection que le client devait encore peindre et repeindre chaque année.

ADL : Où se situent principalement les jardins que vous devez entretenir ?

Q.G. : Dans les environs de Somme-Leuze. Je suis originaire de cette commune et je faisais partie du Comité des Jeunes. Les gens me connaissent donc grâce à ce comité. Quelques-uns ont fait appel à « Natacha » et le bouche à oreille a fait le reste.  J’ai peu d’entretiens sur Durbuy car d’autres entrepreneurs sont déjà en place depuis un petit bout de temps – ceux vers lesquels je renvoie des clients quand je n’ai pas le temps ou le matériel pour répondre à leurs besoins – Donc, chacun sa place et c’est très bien comme ça. Depuis quatre ans maintenant, et de plus en plus, l’agence immobilière Gathy Gaspard, de Marche-en-Famenne, fait appel à moi pour l’entretien des espaces verts des immeubles à appartements dont elle a la gérance. Concernant les boxes et abris, j'en monte dans toute la Wallonie et sur Bruxelles.

ADL : Vous dites « Quelques-uns ont fait appel à Natacha ». C'est vous..."Natacha" ?

Q.G. : Oui, c'est moi (rires). Pour la petite histoire, quand on rentre dans le Comité des Jeunes de Somme-Leuze, on doit se déguiser. Et, à l’époque, je m’étais déguisé en hôtesse de l’air. Natacha, l’hôtesse de l’air, la bande dessinée... C’est de là que le surnom m'est venu. Ceux du comité m’ont appelé « Natacha », puis les gens du village lors des kermesses et autres fêtes. Et... c’est resté.
Quand je me suis installé et qu’il a fallu trouver un nom à mon entreprise, je n’ai pas hésité longtemps pour ce petit clin d’œil qui, je trouve, donne un nom original et facilement reconnaissable à mon activité.

ADL : Votre plus-value par rapport à la concurrence ?

Q.G. : Comme dit plus haut, j’ai fait des études d’horticulture. Je connais donc comment tailler des haies, des arbustes, etc. Et, par dessus tout, j’aime le travaille bien fait. Je suis méticuleux et je n'hésite pas à recommencer mon travail si je ne suis pas satisfait. 

ADL : Quelles sont les qualités nécessaires pour exercer votre métier ?

Q.G. : Il faut être courageux pour pouvoir travailler de tous les temps. Il est préférable d'aimer la nature et une certaine force physique est nécessaire pour pouvoir tenir le coup toute la journée.

ADL : Les avantages et les inconvénients du métier ?

Q.G. : L’avantage principal, pour moi, est de pouvoir travailler en extérieur même si la météo n’est pas toujours clémente. Autre avantage du métier : le contact avec les clients. Je passe régulièrement chez eux pour les tontes et, au fur et à mesure du temps, une relation se crée.
L’inconvénient est, justement, que mon travail, au quotidien, dépend beaucoup de cette météo... Pas toujours évident pour l'organisation.

ADL : Que conseilleriez-vous à un autre jeune (vous-même avez seulement 26 ans) qui voudrait se lancer dans le métier ?

Q.G. : Il faut connaitre le métier, avoir fait ses armes avec un entrepreneur en parcs et jardins. Durant mon parcours, j’ai travaillé pour différents entrepreneurs et j’ai appris le métier par la pratique.
Si on aime le métier et qu’on en veut, on peut y arriver.

Les boxes & jardins de Natacha
Quentin Georis

Warre 20a - 6941 Tohogne
GSM : 0494 316 667
info@georisq.be - www.georisq.be



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