Portrait /Au Bon’heure des Bambins / Amélie Neuville

Entretien rédigé par Marie-Agnès Piqueray, décembre 2014


A 26 ans, Amélie Neuville a souhaité franchir le pas de l’indépendance pour devenir accueillante d’enfants, son rêve depuis toujours…

ADL : Pouvez-vous nous parler du Bon’heure des Bambins ?

Amélie Neuville : C’est un nouveau lieu d’accueil pour enfants de 0 à 6 ans situé à Izier. Il peut accueillir jusqu’à 10 enfants. Je l’ai ouvert le 1er juillet 2014 et y travaille en temps qu’accueillante autonome indépendante.

ADL : Comment le projet est-il né ?

A.N. : Titulaire d’un diplôme d’institutrice maternelle, j’ai d’abord travaillé dans l’enseignement pendant 4 ans en temps qu’intérimaire. Mais les périodes sans travail commençaient à me peser et l’idée d’ouvrir une crèche à faire son chemin…
Aussi, avec une connaissance, nous avons eu le projet d’ouvrir un lieu de « co-accueil » (2 accueillantes au même endroit) et sommes parties à la recherche d’un local adapté à cette activité. Après deux ans de recherches, c’est à Izier que nous l’avons trouvé. Le propriétaire, qui voulait le transformer en un appartement, l’a totalement aménagé en fonction de nos besoins.
Deux mois avant son ouverture, la deuxième personne s’est retirée du projet et c’est seule que je me suis lancée dans l’aventure. Durant les deux premiers mois, j’ai obtenu une dérogation de l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance) pour organiser des stages d’été qui m’ont permis de me faire connaître.
Actuellement, je m’occupe de 4 enfants. L’ONE m’autorise à en inscrire 8 au total, mais d’en accepter maximum 5 par jour.

ADL : N’est-ce pas un risque d’ouvrir cette activité en milieu rural ?

A.N. : Originaire d’Anthisnes, j’avais d’abord pensé lancer ce projet du côté de la Route du Condroz, mais les loyers y sont très élevés. Selon moi, le village d’Izier est bien situé : il est à proximité de l’autoroute et est un lieu de passage pour beaucoup de travailleurs.

ADL : Comment vous êtes-vous faite connaître ?

A.N. : Il est vrai que je partais avec un désavantage : je n’étais pas connue dans la région. C’est pourquoi j’ai commencé par distribuer des affiches dans les commerces d’Hamoir, de Barvaux, de Durbuy, de Ferrières ainsi que dans les écoles. J’ai ensuite invité les habitants d’Izier à une journée portes ouvertes. Maintenant, c’est le bouche à oreille qui commence à fonctionner.

ADL : Quelles ont été vos principales motivations pour devenir accueillante d’enfants ?

A.N. : J’ai toujours aimé les enfants. Plus jeune, je m’occupais de plaines de vacances, faisais du babysitting… Durant mes études, j’ai remarqué que c’était surtout les tout petits qui m’attiraient. Les voir évoluer et partager leurs premiers apprentissages, c’est magique !

ADL : Vous avez choisi le statut d’accueillante autonome indépendante plutôt que celui de conventionnée. Pourquoi ?

Informations sur le statut des accueillantes conventionnées

A.N.
: J’avais envie de travailler pour moi, sans être soumise à un tas de contraintes liées aux horaires, aux repas, aux rémunérations… J’estime qu’une accueillante conventionnée n’est pas suffisamment rémunérée pour le travail qu’elle accomplit. Son statut est précaire : ses indemnités sont calculées en fonction des jours de présence réelle des enfants, elles n’ont pas de congés payés, pas de pécule de vacances, pas d’allocations de chômage en cas de cessation d’activité… Le choix a vite été clair pour moi.

ADL : Le statut d’indépendante ne vous faisait pas peur ?

A.N. : Non. Comme l’investissement de départ n’était pas trop conséquent, les risques étaient limités. J’avais confiance en mon projet.

ADL : Quelles sont les principales différences entre une accueillante autonome et une directrice de crèche ?

A.N. : Contrairement à une directrice de crèche, sous le statut d’accueillante autonome, on ne peut pas engager de personnel. On peut uniquement travailler en association avec une autre accueillante autonome ou, après un an d’activité, avec des stagiaires.
Pour qu’une chèche soit rentable, il faut accueillir minimum 20 enfants et engager 4 personnes. En ce qui me concerne, je préfère jouer la sécurité et avancer prudemment. A terme, je n’exclu pas l’idée d’une crèche…

ADL : Avez-vous reçu de l’aide lors de l’élaboration du projet ?

A.N. : Depuis sa création, je suis suivie par une conseillère ONE. Elle m’a aidée à rédiger le dossier d’autorisation pour devenir accueillante et le règlement d’ordre intérieur pour les parents. C’est elle aussi qui a marqué son accord pour le lieu d’accueil. Je peux continuer à compter sur cette personne pour obtenir des conseils en cas d’interrogation ou de problème.
Ma tante, qui est comptable, m’a également beaucoup aidée dans l’élaboration de mon plan financier et dans le choix de mon statut.

ADL : L’autorisation à la profession est-elle facile à obtenir ?

A.N. : Non, ce n’est pas aisé. Il faut que le projet d’accueil tienne la route et que l’infrastructure soit bien adaptée. En ce qui me concerne, j’ai eu l’avantage que le bâtiment ait été transformé pour répondre directement aux normes d’un milieu d’accueil pour enfants : pas de radiateur électrique, des prises de courant règlementaires, suffisamment de m² par pièce, une isolation parfaite… De plus, il offre d’autres atouts : pas d’escalier, un jardin et une petite cour.

ADL : Faites-vous face à beaucoup de concurrence ?

A.N. : Non, l’offre d’accueil est en dessous de la demande actuellement. Les accueillantes et les crèches des environs ont souvent atteint leur quota d’enfants. On parlerait plutôt de listes d’attentes…

ADL : Un partenariat avec le système conventionné est-il possible, dans ce cas ?

A.N. : Oui. Dernièrement, j’ai pris contact avec le Cerf-Volant (service d’accueillantes conventionnées de Durbuy) qui m’a confirmé qu’une collaboration était envisageable compte tenu du manque de places d’accueil. Le but n’est pas de prendre la place d’une accueillante conventionnée, mais d’éviter de laisser des parents dans l’expectative.

ADL : Les accueillantes sont-elles tenues de participer à des journées de formation ?

A.N. : Oui, mais uniquement si elles sont conventionnées. Les formations ne sont pas obligatoires pour les autonomes. Ceci dit, je trouve qu’il est important de compléter ses connaissances. C’est pourquoi j’envisage de suivre prochainement une formation en secourisme/premiers soins.

ADL : Quelles sont vos principales tâches quotidiennes ?

A.N. : Une journée type commence par l’accueil des parents et des enfants. Une bonne communication est primordiale pour que les parents soient rassurés et que les enfants se sentent bien.
Le matin, je fais participer les enfants à quelques jeux/ateliers éducatifs et à de petits rituels (collations à 10h, préparation de la soupe…), en veillant à prendre du temps pour chaque enfant. Après le repas de midi, c’est la sieste, le goûter, puis le retour des parents. La journée de travail s’achève par la remise en ordre du local, le nettoyage et un peu de comptabilité.

 

ADL : Quels sont vos horaires ?

A.N. : Le milieu d’accueil est ouvert du lundi au vendredi de 7h30-17h30, mais je peux adapter l’horaire en fonction de la demande. Quand nous serons deux accueillantes, le milieu d’accueil ne sera jamais fermé, même durant les vacances.

ADL : Un temps de travail bien rempli ! Comment concilier la vie familiale et professionnelle ?

A.N. : Ma situation familiale actuelle me le permet : je ne suis pas encore maman et je vis toujours chez mes parents. J’aurais même pu proposer un horaire plus large, mais je ne souhaite pas décevoir les parents en revenant sur mes engagements plus tard.

ADL : Quelles sont les principales qualités d’une accueillante d’enfants ?

A.N. : Avant tout, elle doit mettre tout en oeuvre pour gagner la confiance des parents. Elle doit également être disponible pour tous les enfants afin de répondre au mieux à leurs besoins individuels, et… avoir beaucoup de patience !

ADL : Comment se déroule l’inscription d’un enfant au "Bon’heure des Bambins" ?

A.N. : Les parents peuvent me téléphoner dès le 3ème mois de grossesse. Ils sont ensuite invités à venir voir le milieu d’accueil. Ils reçoivent, sur place, le projet pédagogique et le règlement d’ordre intérieur. Après lecture et approbation des documents, l’inscription de l’enfant est validée par le paiement d’un acompte. La “période de familiarisation” peut alors commencer : la maman vient une heure ou deux avec l’enfant, puis me le confie ½ matinée, ensuite, une journée complète. Si tout s’est bien passé, il entrera, enfin, au "Bon’heure des Bambins".

ADL : Y a-t-il un minimum de jours de présence à respecter ?

A.N. : Oui, pour le bien-être de l’enfant et pour permettre à d’autres de s’inscrire, deux jours et demi de présence minimum sont requis.

ADL : Quelle a été, jusqu’à présent, votre plus grande satisfaction ?

A.N. : La reconnaissance des parents, leurs petits mots de remerciement. C’est motivant ! De mon côté, je leur envoie régulièrement des photos ou messages pour maintenir une bonne relation.

ADL : Comment voyez-vous l’avenir de votre activité ?

A.N. : A partir de janvier, j’ai l’intention de faire appel à des personnes extérieures pour mettre en place certaines activités récurrentes (psychomotricité, musique, marionnettes, contes).
Dès que ces activités « tourneront » et que j’aurai atteint le nombre de 5 enfants, je chercherai, alors, une co-accueillante pour augmenter le nombre d’enfants.

ADL : Quels conseils pourriez-vous donner à un jeune entrepreneur qui souhaite se lancer ?

A.N. : C’est d’oser franchir le pas ! Mais, également, de prendre le temps de bien analyser son projet, de se renseigner et de mesurer les risques.

Au Bon’heure des Bambins

Amélie Neuville

Rue de l’Argoté
6941 Izier

0494/37 08 32



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