Evolution de parcours / Rappelez-vous...

Par Marie-Agnès Piqueray, octobre 2013

David Pierard, agriculteur à Oppagne

ADL : Monsieur Pierard, pouvez-vous nous donner un aperçu de l’évolution de vos activités depuis juin 2009, date de notre rencontre ? 

David Pierard : Mon cheptel est maintenant exclusivement destiné à la production laitière puisque j’ai  cessé l’élevage de viandeux en septembre 2012. Quant à la superficie de mon exploitation, elle n’a pas évolué.   

ADL : Vous envisagiez, alors, de passer à l’agriculture biologique… 

D.P. : C’est chose faite ! Ma production est aujourd’hui bio depuis le 1er avril 2013.  Deux  années ont été nécessaires pour convertir l’exploitation (terres et troupeau) en se conformant au cahier des charges de la production bio.

ADL : Des changements en matière de quota laitier ? 

D.P. : En 2009, il était basé sur 315.000 litres et, aujourd’hui, il atteint 333.000 litres.

ADL : Pourquoi cette augmentation ? 

D.P. : La production agricole est régie par la Politique Agricole Commune (PAC) établie par l’Union Européenne qui a comme objectif de libéraliser totalement le marché de la production laitière européenne dès 2015. Afin de nous préparer à ce nouveau système, l’Europe majore chaque année nos quotas de production de quelques  % de manière à gonfler les volumes de lait sur le marché. Cette volonté a pour but principal de saturer le marché du lait de façon à réguler l’offre en fonction de la demande dès la libéralisation. 

ADL : Ces mesures sont-elles favorables à tous les agriculteurs ? 

D.P. : Absolument pas ! Certaines régions et catégories de producteurs, notamment les jeunes qui ont investi, sont maintenant en difficulté à cause de cette baisse de prix du lait qui est calquée sur les marchés internationaux spéculatifs et boursiers, alors que les coûts de production sont très différents d’une région à l’autre. À l’heure d’aujourd’hui, la viande est, elle aussi, payée à un prix couvrant les coûts mais ne laissant qu’un très faible bénéfice pour l’agriculteur.
En réalité, cela se traduit par pousser le maximum de producteurs au bord du gouffre financier de manière à ne garder que les producteurs qui pourront faire perdurer leurs activités.

ADL : Des propos plutôt pessimistes…

D.P. : Aujourd’hui, après 5 ans d’installation, je ne suis pas satisfait du résultat rapporté par mon exploitation. Le lait (bio ou conventionnel) n’est toujours pas suffisamment rémunéré par rapport à nos coûts toujours plus élevés, mais aussi en regard du contexte social et économique actuel. Le rapport rémunération/heures prestées n’est pas en phase avec les réalités sociales du 21e siècle.
Mais, malgré une ambiance toujours morose dans le secteur, il faut continuer de bien vivre son métier au quotidien, apprécier les rapports humains et continuer à avoir de l’ambition…

ADL : A ce propos, quels sont vos objectifs à venir ?

D.P. : Ils sont doubles :

  • Tenter de maîtriser au maximum mes coûts de production en perpétuant la tradition du pâturage des animaux pendant la bonne saison et en me garantissant suffisamment de stock fourrager pour l’hiver.  Mon but est d’atteindre l’autonomie totale (autarcie pour mon troupeau) en remettant en question régulièrement mes pratiques d’élevage et de production ;
  • Baser mes sources de revenus sur un modèle alliant plusieurs secteurs de marchés : la viande et le lait au sein du même troupeau.  Je réfléchis actuellement sur l’adoption d’une nouvelle race d’animaux qui ont un caractère mixte : la Blanc-Bleue mixte, ancêtre de la Blanc-Bleu belge. 

David Pierard
Rue Trois Fontaines 18
6940 OPPAGNE
Tél. 086/21 17 66
Gsm 0498/770.138
davidpierard@skynet.be

 

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