Portrait de Nathalie Dehard/ Haptonome

Entretien réalisé par Marie-Agnès Piqueray, juin 2012

Parallèlement à son emploi d’infirmière chef à la maison de repos, La Rose Blanche, à Grandhan, Nathalie Dehard exerce l’haptonomie en temps qu’indépendante complémentaire.

Elle est également instructrice en massage bébé et, depuis peu, spécialisée en massage prénatal.

C’est dans le but de mieux faire connaître l’haptonomie qu’elle a fait appel à l’ADL.


ADL : Pouvez-vous nous parler de votre formation, parcours professionnel et nous expliquer pourquoi vous avez choisi d’exercer l’haptonomie ?

N.D. : Ma première idée était de devenir infirmière pédiatrique. Après réflexion, j’ai fait des études d’infirmière sociale en vue de travailler à l’ONE. Par la suite, j’ai poursuivi une licence en santé publique en sexologie. Pour une question d’horaire, j’ai choisi de travailler en même temps en maison de repos à Liège. Après ma dernière année de sexologie (mémoire), je suis revenue du côté de Durbuy car je suis devenue maman. La Rose Blanche m’a proposé un poste d’infirmière chef que j’ai accepté. Contrairement à mon idée de départ, j’ai pris goût au travail en maison de repos. Puis, l’envie de nouvelles formations davantage dans le « savoir-être » que le « savoir-faire » s’est manifestée. Un jour, dans une salle d’attente, je suis tombée sur un article parlant de l’haptonomie et …,
c’était évident, … c’est ça que je devais faire !!!
Après quelques jours de sensibilisation à Bruxelles, j’ai suivi une formation d’haptonomie en France. Celle-ci a duré deux ans et demi, à raison d’une semaine quatre à cinq fois par an, complétée par des travaux pratiques entre les sessions. J’ai donc aménagé une petite pièce chez moi … et c’est ainsi que l’aventure a commencé !

ADL : Était-ce obligatoire de suivre cette formation en France pour être reconnue ?

N.D. : Oui, cette formation ne se donne qu’en France ou aux Pays-Pas. Actuellement, seules cinq haptonomes sont reprises dans les listes en Province de Luxembourg.  (www.haptonome.be et www.haptonomie.com)

ADL : Pouvez-vous nous en dire plus sur l’haptonomie ?

N.D. : C’est la science de l’affectivité. La pratique de l’haptonomie consiste à entrer en relation par le toucher. Ce n’est pas une méthode de guérison ou de thérapie, mais une approche qui peut s’intégrer dans toute profession d’aide ou de relation de soins au sens large. C’est ainsi que je m’en sers, notamment, lors de soins à la maison de repos.
C’est rendre la personne entière pour qu’elle soit reconnue dans ce qu’elle est et qu’elle a de bon. Par un toucher de confirmation affective, la personne peut se rencontrer, rencontrer ses émotions, ce qu’elle vit et trouver elle-même son cheminement, les réponses à ses problèmes, tout en restant fidèle à elle-même. Toute notre vie, depuis notre conception, nous sommes conditionnés par nos parents, la société, les enseignants… Il est important de se poser la question : « Cela nous convient-il ? ».

ADL : Quels sont les champs d’application de l’haptonomie ?

N.D. : Le plus connu est l’accompagnement prénatal des parents et de leur enfant. Il part du principe que la relation entre l'enfant et ses parents peut se créer et s'approfondir bien avant la naissance. Durant la grossesse, le papa peut parfois se sentir exclu de la relation mère-enfant.  L’haptonomie permet l’établissement d’un contact particulier à la fois tendre et affectueux à partir duquel le papa apprend à communiquer avec son bébé dans le giron de la maman et ceci dans le plus grand respect de chacun. Une telle approche sécurise l’enfant, le confirme dans ce qu’il a de meilleur et lui fait sentir qu’il est le bienvenu. L’accompagnement prénatal montre également au couple comment s’y prendre différemment avec les contractions et la douleur durant le travail et l’accouchement.  Il se poursuit idéalement après la venue au monde de bébé et ce, jusqu’à ses premiers pas.  L’haptonomie peut également être envisagée à tous les moments de la vie, de la conception à la fin de vie, à des moments charnières, des remises en question …

ADL : Quelle est la différence entre l’haptonomie et un massage traditionnel ?

N.D. : L’haptonomie n’est pas un massage, mais on peut pratiquer un toucher haptonomique dans un massage.
L’haptonomie est plutôt une écoute de la corporalité. C’est pouvoir laisser toute la place à la personne pour qu’elle puisse ressentir et exprimer ce qui se passe en elle.
Pratiquement, c’est par l’expérience qu’on fait prendre conscience qu’il existe d’autres possibilités de résoudre les difficultés en vivant les choses autrement.

ADL : L’échange verbal est-il également important dans l’haptonomie ?

N.D. : Oui, tout à fait. Dans le cas d’un accompagnement prénatal où l’on accentue plus la relation entre le papa et le bébé (via la maman), l’haptonomie aidera à faire passer tout un tas de messages entre eux. Elle confirmera affectivement l’enfant et lui fera ressentir qu’il est le bienvenu, de façon à ce qu’il acquiert une sécurité de base.
Dans le cas de l’accompagnement d’une personne âgée, l’haptonomie lui fera prendre conscience de son corps, de ce qui se joue en elle, du « comment il s’est construit » et révélera, parfois, que ses valeurs et ses actes ne sont pas en concordance.

ADL : Concrètement, quelle est la fréquence des visites ?

N.D. : L’accompagnement prénatal se déroule généralement en 8 séances, suivant la demande des parents.
En haptosynésie (accompagnement de vie), il s’agit généralement de 8 séances de base avec expériences.
Mais une séance ne veut pas dire une rencontre : quand une séance est comprise, on passer à la suivante mais, parfois, ça peut prendre 2 à 3 rencontres.

ADL : Quelle est la répartition de votre clientèle ?

N.D. : Sur dix consultations, neuf concernent l’accompagnement prénatal et une l’haptosynésie.

ADL : Les personnes qui viennent vous trouver sont-elles d’emblée convaincues par l’haptonomie ?

N.D. : En ce qui concerne les futurs papas, c’est souvent « pour faire plaisir à leur épouse », mais, dès la 2ème séance, lorsqu’ils sentent le bébé se lover dans leur main, c’est beaucoup d’émotions … et ils comprennent pourquoi ils sont là.

ADL : Quelles sont les qualités indispensables d’un haptonome ?

N.D. : Il faut être ouvert, à l’écoute et pouvoir se remettre en question. On accompagne. On ne dirige pas et on ne juge pas. Tous les êtres sont différents avec leurs propres convictions. Les personnes doivent également se sentir en sécurité, en confiance.

ADL : Avez-vous développé des partenariats dans la Commune ?

N.D. : Oui, avec la Commission de la Petite Enfance et la Maison Médicale de Barvaux qui m’a, notamment, prêté des locaux lors de ma formation d’instructrice en massage bébé.

ADL : Avez-vous d’autres partenaires en vue ?

N.D. : Oui, avec mes nouvelles formations (et celles dont j’ai en vue), je pense contacter bientôt les centres de bien-être de la région pour leur proposer mes services. Selon moi, ma spécialisation pour femmes enceintes  et  bébés  peut apporter un plus à leur offre.

ADL : Jusqu’à présent, comment vous êtes-vous fait connaître ?

N.D. : Actuellement, c’est le site www.haptonome.be qui m’amène le plus de personnes. A côté de cela, j’ai effectué quelques démarches : j’ai demandé à être reprise dans le répertoire économique de la commune, j’ai laissé des dépliants/cartes de visite auprès de commerçants locaux, j’ai fait paraître un petit article dans les Annonces de L’Ourthe, j’ai participé à la journée « Naître et Grandir » à Marche où j’ai animé un atelier (témoignage d’un jeune couple), …

ADL : Quelle(s) difficulté(s) rencontrez-vous dans l’exercice de votre activité ?

N.D. : La principale difficulté est que l’haptonomie est encore trop peu connue, même en prénatal. Je commence également à manquer de place à la maison car mes activités se diversifient.

ADL : Suivez-vous encore des formations actuellement ?

N.D. : Je viens de terminer une formation en massage prénatal et j’envisage de suivre une formation en soins Rébozo (= utilisation de tissus/écharpes mexicains lors de soins à la femme enceinte ou après l’accouchement), ainsi qu’une formation en haptonomie « fin de vie ».

ADL : Quelle a été, jusqu’à présent, votre plus grande satisfaction ?

N.D. : C’est de voir ce que l’haptonomie a apporté aux couples que j’ai suivis, l’évolution de leur cheminement, leur satisfaction, leur épanouissement.

ADL : Le marché du bien-être et de la santé est l'un des secteurs économiques les plus florissants actuellement dans le monde, et ce malgré la crise économique (centres wellness, massages, remèdes à base de plantes, médecines douces, …). Comment expliquez-vous ce phénomène?

N.D. : Nous sommes dans une société de « faire », où il faut être performant, où la concurrence est importante. Ce qui entraîne un « mal-être ». Nous ne sommes plus en relation avec l’autre mais en compétition. Or, l’être humain a besoin de quelque chose de plus juste, de plus vrai. Il cherche à être reconnu dans ce qu’il est. La médecine est également morcellante : elle ne prend pas la totalité de la personne en compte. Par contre, les médecines douces (aromathérapie, massages, ..) prennent l’être en entier et établissent une relation entre le corps et l’esprit. Mais, soyons clairs, elles sont complémentaires. L’une ne remplace pas l’autre !
L’haptonomie fait également prendre conscience à la personne qu’il y a quelque chose en elle qui ne va pas et de l’importance de se soigner en envisageant le soin autrement. Ce sont, dès lors, des patients qui se soignent beaucoup mieux que les autres parce qu’ils participent à leur guérison.
La crise économique est loin d'être un frein pour le marché du bien-être, bien au contraire. L'angoisse et le stress générés par la situation économique renforcent la recherche de bien-être.

ADL : Nous constatons également que la place du bébé occupe une place de plus en plus importante dans la famille (portage, allaitement, massages, couches lavables …). Qu’en pensez-vous ?

N.D. : Il est vrai que les parents, en général, font le maximum pour leur enfant (quelques fois trop !). Cependant, c’est souvent en termes matériel, d’ « avoir » (meilleure poussette …), et non dans la qualité de relation, dans l’ « être ». Un changement de mentalité prend du temps … Mais ne faisons pas, non plus, de généralités …

ADL : Quels sont vos objectifs/perspectives pour les années à venir ?

N.D. : Vivre uniquement de l’activité d’haptonome est très difficile. Tous les haptonomes que je connais ont un autre emploi à côté. Mais je voudrais quand même faire évoluer mon activité. J’ai bien des projets, mais pas de timing précis pour les réaliser. Je prends le temps de les faire mûrir …

ADL : Quel conseil donneriez-vous aux futurs indépendants qui voudraient « se lancer » ?

N.D. : Principalement, qu’ils croient en ce qu’ils font !

Nathalie Dehard

Grand Houmart 26

6941 Tohogne

0474 46 68 96

nathalie.dehard@gmail.com


Haptonome
Formée par l'Institut Scientifique d'Haptonomie
(F. Veldman)


Instructrice en Massages pour bébés
Formée par l'International Association of Infant Massage





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